Et ils demandent : à
quand la fin ?
La crise à Radio France dure depuis
trop longtemps et l’intense période d’actualité que nous traversons n’a qu’un
maigre écho sur nos ondes. Deux scrutins en sourdine, mais aussi une
retentissante tragédie aérienne et l’attaque terroriste en Tunisie... Parmi les
journalistes, si chacun porte un regard différent sur le mouvement social à
Radio France, nous sommes tous rassemblés dans la volonté de mettre fin à ce
malaise qui ne date pas du premier jour de grève et qui entrave jour après jour
notre mission de service public.
La principale variable
trouvée jusqu’ici pour tenter de faire des économies budgétaires est l’emploi.
Sur ce point, la direction et la tutelle, c'est-à-dire l’État, semblent être
d’accord. L’avenir de Radio France est en train de se jouer dans un bras de fer
inédit avec la tutelle pour négocier le prochain
COM* qui doit déterminer le cap des prochaines années et les ressources pour
l’atteindre.
Or nous vivons depuis
longtemps déjà les restrictions qui pèsent sur l’information, moins d’ambition
et des économies à tous les étages. Et l’État n’a pas honoré 87 millions et
demi d’euros promis à Radio France.
Que dire du fruit de la taxe
Telco ou « taxe Copé » créée en 2009 pour aider tout l’audiovisuel
public dont Radio France et qui aujourd’hui abonde plus le déficit de l’État
que les entreprises concernées ?
L’État doit s’acquitter de ce
qu’il doit à la radio publique.
L’État porte donc une responsabilité particulière dans la
situation financière critique que connait aujourd’hui Radio
France. Il doit assumer cette responsabilité s’il ne veut pas
que le service public de la radio perde son identité, son indépendance, sa
diversité et sa qualité.
Alors que
le PDG de Radio France annonce 50 millions d’euros d’économie d’ici 2019, notre
métier est devenu de plus en plus compliqué, au quotidien.
Savez-vous que nous mettons
souvent de longues journées avant de prendre la décision de partir en
reportage, le temps de vérifier si notre budget le permet ? C’est un frein
à l’information.
Les budgets de reportages
sont chaque année un peu plus contraints, la réflexion est à la fusion de
services entre rédactions, une crainte pour les identités éditoriales de chaque
chaîne.
Nos sites internet regorgent
déjà de publicités intrusives, l’heure du bricolage et de la vision purement
comptable approche. Sauf que l’information ne se bricole pas.
Savez-vous que plus de 100 journalistes en CDD, remplacent les
titulaires au pied levé partout en France, faisant au mieux pour cerner les
enjeux économiques, politiques d’une région, en quelques jours seulement, sans
garantie aucune d’une embauche future ? Et que chaque année, la direction
réduit l’enveloppe financière qui permet de les faire travailler
régulièrement ?
Aujourd’hui ce n’est pas la radio
publique qui coûte cher mais la restauration du bâtiment qui l’abrite.
S’il y a bien un budget que les directions
successives ont alimenté sans compter, et qui assombrit à lui seul les
perspectives de la maison ronde : c’est bien celui de sa réhabilitation. Un
chantier certes complexe, mais surtout plombé de malfaçons et de projets
démesurés qui pourraient financer des décennies de reportages, de journaux,
d’émissions, de podcast, d’info en ligne. Ce budget a explosé, d’un devis
initial de 176 millions d’euros, l’estimation culmine aujourd’hui à 584
millions d’euros. Comment justifier les efforts demandés aux rédactions et à tous
dans cette maison face à cette gabegie et l’absence de bon sens ?
Mathieu Gallet vient de décider un
moratoire sur une partie de la fin du chantier, nous verrons. Pour le reste,
c’est l’impasse absolue. La direction et la tutelle se renvoient la balle, dans
un match qui ne présage rien de bon pour la qualité de l’information à Radio
France. Chacun semble improviser dans son coin et une vieille rengaine
autoritaire s’échappe de la rue de Valois quand le président de Radio France y
est convoqué et tancé publiquement.
Madame Pellerin, Monsieur Gallet, il faut mettre un terme à la
reformulation des projets pour Radio France.
Monsieur Hollande, Monsieur
Valls, il faut mettre un terme à cette
cacophonie, au pourrissement d’une situation qui devrait au contraire vous obliger à agir, dans l’intérêt
du service public de la radio et des auditeurs. Il faut sortir de l’indécision permanente et d’une espèce de nostalgie,
cette volonté à peine voilée de reprise en main de l’audiovisuel public à
l’opposée de la marche de l’Histoire. Radio France en apéritif de l’autre enjeu
politico-médiatique : la prochaine Présidence de France Télévisions.
Radio France ne doit pas servir de « terrain de jeux »
aux règlements de comptes entre l’État et le CSA.
Monsieur
Hollande, Monsieur Valls, les auditeurs et
les personnels de Radio France tous corps de métier confondus n’ont que faire de ces querelles. Les salariés et les auditeurs refusent que la radio publique fasse les frais
d’affaires de personnes.
C’est à l’État, à Matignon et
à Bercy, de ne pas casser cette maison.
C’est à vous d’assurer la
continuité de l’éventail unique d’information que proposent tous les jours les rédactions
de France Info, France Inter, France Bleu, France Culture, France Musique et
Mouv’. Exigence, réactivité, pluralité, proximité. C’est à l’État de garantir
une information publique de qualité et de s’engager pour son avenir.
Vous savez que dans une
France qui lutte contre ses divisions, une information indépendante et gratuite
qui s’adresse à tous est, plus que jamais, un enjeu primordial.
Mieux qu’une négociation
comptable sur un budget, Radio France mérite une négociation sur un projet.
Et des moyens dignes de ce
nom pour le servir.
Et pour l’offrir aux
auditeurs, les salariés et les journalistes de la radio publique attendent de
l’ambition à tous les niveaux.
Aujourd’hui, rien de tel
n’est au rendez-vous.
*
Contrat d’Objectifs et de Moyens 2015-2019
Je soutien la grève des journalistes de RADIO FRANCE car défendre le SERVICE PUBLIC c est défendre la démocratie L’État principal actionnaire doit payer ce qu'il doit c est ça être "CHARLIE" la pluralité de la Presse et le Service Public Isabel Cabeca
RépondreSupprimerLa première mission d'une radio de service publique, c'est d'émettre. Cette coupure de l'info Made in France Inter et consoeurs n'est sans doute qu'un blocage de quelques réfractaires sourds à l'envie de changer. Ne devenez pas des enfants gatés.Tout les service public ont fait des efforts. Ikofar
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