Il y a une semaine, nous demandions à l’Etat d’intervenir.
Nous demandions « la fin de ce match entre la tutelle
et le PDG de Radio France », nous souhaitions « la fin de la cacophonie dans
l’intérêt du service public et de ses
auditeurs ».
Huit jours plus tard, les
réponses concrètes se font toujours attendre. Avec une promesse
d’enveloppe permettant de financer les travaux de réhabilitation de la
Maison de Radio France, qui pèse depuis des années sur nos activités et nos
missions.
Pour autant, nos antennes
sont toujours muettes ou presque, et le dialogue toujours chaotique entre la
direction et l’intersyndicale de Radio France, au 20è jour du mouvement. Pire,
la perspective, douloureuse, d’une nouvelle semaine de « silence
radio » se profile, alors que les détails du projet du PDG, Mathieu
Gallet, seront (enfin !) dévoilés aux salariés demain mercredi.
Comment sortir de cette
situation ?
1/ Cesser l’analyse purement
comptable
En publiant son rapport en
plein conflit, la Cour des comptes n’a rien arrangé en allant bien au delà de
son rôle de contrôleur des deniers publics.
Elle est même venue rajouter
du trouble en proposant non pas des mesures de réforme, mais des mesures de
restructuration. Comme la fusion des rédactions !
La Cour, particulièrement
sévère, entame pourtant ce “réquisitoire” par un élément capital, passé assez
inaperçu dans les débats des derniers jours. En matière d’audience et de
qualité des programmes, les antennes de Radio France sont à la hauteur malgré
des moyens en baisse et les efforts consentis depuis trois ans pour compenser
le désengagement de l’État.
Rappeler cette réalité,
c’est ramener le débat à l’essentiel du travail de cette entreprise et de ses
salariés. C’est rappeler à ceux qui paient la redevance (26 euros par an
affectés à la radio publique) que Radio France ne signifie pas “gabegie” mais
aussi qualité, exigence et confiance. Une confiance pas toujours de mise entre
les médias et leur public.
Bref, selon la Cour, Radio
France donne satisfaction sur le fond mais il faut « rénover en profondeur
nos activités et nos modes de gestion » et « réaliser un effort très
significatif d’économies structurelles ».
Nous disons aux magistrats
que donner de l’argent à Radio France n’est pas jeter de l’argent par les
fenêtres.
Nous leur disons que
l’information produite chaque jour par Radio France n’est pas gratuite. Elle a
un coût, ce qui est même rassurant à une époque où internet et certains modèles
économiques laissent imaginer que le travail journalistique ne nécessite pas
d’investissements.
Au contraire, nous
encourageons tous les patrons de presse à miser sur l’intelligence.
Les réformes doivent avoir
lieu mais sans enlever à la radio publique ce triptyque synonyme d’exigence et
de qualité : informer, éduquer et distraire.
2/ Un projet, pas une
thérapie de choc
Quand on ne réforme pas
pendant des années, il est trop tard et cela ne sert à rien de le faire au bout
du chemin, radicalement et en pleine crise. Il faut d’abord apaiser la
situation et rassembler. Il faut intégrer l’ensemble des personnels de la
« maison » à la réflexion. Il faut trouver avec eux sur chaque
antenne et dans chaque service des propositions de compromis, acceptables par
tous.
Un plan de départs
volontaires élevé – 380 salariés – est de nature à désorganiser l’entreprise
pendant longtemps et à coûter à l’État près de 30 millions d'euros. Faut-il rappeler que l’ambiance n’est pas au beau
fixe ? Ce plan altèrera la qualité d’une production, fruit du travail des
artisans de la radio, de tous ces métiers indispensables, de ces heures passées
à produire chaque minute des émissions diffusées 24h/24, 365 jours par an par
nos 7 chaînes.
La réforme se fera avec la
définition d’un projet qui ne s’adresse pas à des consommateurs mais à des publics.
Nos antennes ne sont pas des marques.
Nous prenons au mot la
ministre de la culture, Fleur Pellerin, qui invite notre PDG, Mathieu Gallet, à
« conforter les valeurs du service public » pour que « sa
spécificité ne soit ni banalisée, ni aseptisée ». Cela passe par un vrai
projet, ambitieux.
Nous ne pouvons également qu’approuver
la ministre quand elle invoque le « souci de justice sociale » :
la réduction de la « précarité » et la « modération des plus
hauts salaires ». Des mots. A quand les actes ?
L’exemple doit venir d’en
haut.
Nous sommes conscients des
contraintes économiques. Pour augmenter les ressources du groupe, la ministre
accepte la révision du cahier des charges afin que de nouvelles catégories
d’annonceurs puissent apparaître sur nos ondes, sans augmentation du nombre de
minutes de publicité.
Nous serons très vigilants
Nous demandons aussi à la
ministre de créer, dans ce nouveau cahier des charges, un cadre pour réguler la
publicité sur nos sites internet, qui forment un tout éditorial avec nos
antennes.
3/ Renforcer la mission de
la radio publique
Il y a presque trois mois, la
France était “Charlie”, et au lendemain du 11 janvier les responsables
politiques, en premier lieu au sommet de l’État, appelaient à défendre la
liberté d’expression, et à favoriser le dialogue entre toutes les composantes du
pays. Deux ambitions que Radio France et ses rédactions tentent depuis des
années de faire siennes.
A l’heure où le vivre
ensemble est à la peine, où le besoin d’explication, d’expression, d’éducation,
est plus fort que jamais, la mission de la radio publique est cruciale. La
priver de moyens serait une grave erreur.
Récemment, François Hollande
et Manuel Valls ont pointé du doigt “le nouveau temps médiatique et les dangers
de l’immédiateté”, réclamant plus de patience, d’analyse, de
vérification, plus de pédagogie dans le traitement de l’actualité. Chiche !
Qui d’autre que Radio France
pour mieux remplir ce rôle et répondre à ces préoccupations ?
Parce que nos auditeurs
méritent une information sérieuse, rigoureuse et vérifiée, aujourd’hui plus que
jamais, Radio France doit avoir des moyens, mais surtout des ambitions !
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