La brutalité de certaines annonces, les rumeurs de changement de grille et des déclarations largement relayées dans la presse nous ont conduits à demander un rendez-vous à Philippe Val. La SDJ a été reçue mercredi matin par le directeur de France Inter en présence d’Hélène Jouan et d’Anne Allard-Petit.
Les émissions Esprit critique et Et pourtant elle tourne sont-elles menacées ?
Philippe Val dément fermement « des rumeurs stupides » :
« Je l’ai appris comme vous. Que ces émissions soient perfectibles, c’est une chose, mais je n’ai jamais pensé une seconde les supprimer.
Pour ce qui concerne Esprit critique, j’ai discuté avec Vincent Josse de la possibilité de faire plus de place au débat culturel, que l’on n’entend que dans « le Masque et la Plume » sur Inter. Rien de plus. Je ne suis pas là pour emmerder les journalistes ou les censurer.
Le reportage est la base de notre métier. Je souhaite qu’on sorte plus. Il faut qu’on amène les éléments du débat aux auditeurs. On n’est crédibles que s’il y a de l’enquête et du reportage. »
A propos de la grille de rentrée, « il est trop tôt pour en parler. Je réfléchis à des idées d’émissions nouvelles, dont certaines – au moins une – feraient appel à la rédaction. Pas encore de casting, mais ce sont des idées qui me tiennent à coeur. »
En toute fin d’entretien, Philippe Val glisse au détour d’une phrase : « des changements d’horaires ne sont pas exclus ».
France Inter, un « musée » ?
Philippe Val dément vouloir changer 30% de la grille. Il dit avoir déclaré : « Si on change 30% de la grille, ce sera un accident industriel. Nous ne sommes pas en train de remonter une radio en faillite, mais d’ajuster les choses sur une radio qui fonctionne bien. »
La venue de Renaud Dély et le service politique
« Ce n’est pas encore fait, mais là, ce n’est pas une rumeur. Je connais sa valeur, sa régularité, c’est un excellent journaliste, je suis son travail depuis longtemps, je préfère qu’il vienne chez nous plutôt qu’à RTL ou à Europe 1. Le profil du poste reste à définir. »
Hélène Jouan précise : « C’est en discussion avec lui. Ce serait bien qu’il nous rejoigne. On
n’est jamais assez nombreux pour avoir des idées. Mais nous sommes tout à fait conscients que le service politique a aussi besoin d’un reporter. Il y a deux possibilités : soit Renaud Dély intègre le service politique, auquel cas il faudra recruter également un reporter de terrain dans ce service ; soit Renaud Dély trouvera sa place dans une autre organisation ou, tout simplement, ne viendra pas. »
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Les méthodes et l’affaire du 6h30-7h
« D’accord sur la méthode, il aurait fallu prévenir les gens plus tôt, mais en même temps, il n’y a pas eu de violence, on n’a viré personne. Comment faire si dès qu’on touche à quelque chose, tout le monde a peur ? On n’est pas des mauviettes, le monde bouge autour de nous, il est normal qu’il y ait des changements.
« Dans un premier temps, il a fallu que je comprenne de l’intérieur comment fonctionne cette machine. Il m’a fallu quelques mois. Les rumeurs viennent peut-être du fait que je ne sois pas venu assez souvent en conférence de rédaction. Je vais essayer de venir plus à l’avenir, parce que ça m’intéresse qu’on réfléchisse ensemble aux sujets. D’une manière générale, je vous consulterai régulièrement ».
Stéphane Guillon et sa chronique du lundi 11 janvier
« J’ai horreur d’une chose : qu’on privatise l’antenne. C’est sacré. Or, à deux jours de la première de son spectacle, Stéphane Guillon a privatisé l’antenne, et je trouve ça inacceptable. Qu’ensuite il aille dire dans la presse qu’il est le garant de la liberté d’expression à France Inter, c’est odieux. Personne n’a le droit de dire ça. C’est nous tous, collectivement, qui sommes garants de cette liberté.
Quid de l’avenir de Guillon ?
« Je n’ai pas envie de toucher à Guillon, pas envie de mettre les mains là dedans… »
« L’actionnaire »
« Notre actionnaire, ce sont tous les Français, et pas seulement 10% de la population. On doit parler à tout le monde. Il est faux de dire que j’ai été nommé par l’Elysée, j’ai été nommé par Jean-Luc Hees qui a obtenu des garanties avant d’accepter. Regardez ce que j’ai fait depuis mon arrivée : j’ai nommé Thomas Legrand qui n’est pas précisément sarkozyste (ndlr : Th. Legrand a été nommé par Hélène Jouan sous la direction de Frédéric Schlesinger), je veux faire venir Renaud Dély, de Marianne, j’ai recruté François Morel, et je n’ai pas touché un cheveu de Stéphane Guillon. »
Philippe Val déplore les « rumeurs » qui ont circulé ces dernières semaines. Mais celles-ci ne sont pas nées de l’imagination débordante des journalistes. Elles s’appuient sur des déclarations au mieux maladroites, au pire alarmantes. Il suffirait sans doute d’un peu de transparence pour dissiper inquiétudes et malentendus.
A entendre le directeur d’Inter, Esprit critique et Et pourtant elle tourne, deux « émissions excellentes », n’ont jamais été menacées. Ces émissions marchent et la rédaction en est fière. Elles font la part belle au reportage, au son, l’une des spécificités de notre chaîne. Elles mettent à contribution près de 200 journalistes, membres de la rédaction ou collaborateurs occasionnels. Nous espérons que leur visibilité à l’antenne sera préservée.
Les journalistes d’Inter ne sont pas partisans de l’immobilisme, bien au contraire. Mais sur une antenne dont l’audience se porte bien, les changements doivent rester à nos yeux millimétriques.
Ces changements sont bien sûr du ressort de la direction. Nous tenons toutefois à rappeler que France Inter ne manque ni de talents ni d’idées. Les recrutements externes peuvent apporter fraîcheur et recul mais nous invitons Philippe Val à travailler d’abord avec les gens d’Inter. Dans la concertation.
Nous avons fait savoir à Philippe Val que la rédaction (comme les programmes dont nous sommes pleinement solidaires) ne tolérerait plus de décisions brutales, prises en catimini et annoncées en dernière minute. Le directeur s’y est engagé devant nous. A lui de tenir parole. A nous d’être vigilants.
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