mercredi 21 octobre 2009

« Opération Berlin » : Radio France sous-traite sur Internet

A journée spéciale, site spécial. Le 9 novembre, la direction de Radio France va lancer radiofrancefaitlemur.fr.

Un site qui se contentera de compiler ce que l’on verra sur les autres sites de la maison. Un site qui finira dans les oubliettes du net. Plus grave encore, un site dont une partie du contenu éditorial sera confiée à une entreprise extérieure : la Netscouade.

Passe encore que, Radio France s’y étant pris très tard, Netscouade lui facture très cher ses services. C’est la loi du genre. Mais que dire du reste ?

Par souci d’économies sur le long terme, la direction a décidé que ce site entrerait dans la catégorie au nom éloquent des « crash projects ». Il sera donc désactivé le 31 décembre, voire avant. Son contenu sera archivé sur des serveurs informatiques, mais il ne pourra plus être consulté par les internautes. Bref, radiofrancefaitlemur.fr aura une date de péremption. Vous avez dit gâchis ?

Pire encore : le 9 novembre, la Netscouade sera chargée de modérer les commentaires des internautes sur les forums du site, rôle habituellement dévolu aux journalistes de Radio France. Cette société déciderait ainsi du contenu « éditorial » d’un site Radio France.

C’est une grande première et c’est inacceptable. La Société des Journalistes dénonce la légèreté qui a présidé à la création de ce site Internet et demande des garanties pour qu’aucune partie de son contenu ne soit sous-traitée par une société extérieure.

Après la publication du communiqué daté du 21 octobre 2009 sur le site internet créé pour la journée spéciale du 9 novembre, Bertrand Vannier nous a proposé, si nous le souhaitions, de le rencontrer. L'entretien s’est déroulé le lundi 26 octobre. En voici le compte-rendu.

Le conseiller éditorial auprès de la présidence s’est présenté comme la cheville ouvrière chargée de l’opération du 9 novembre. Il a d’abord reconnu que la direction n’avait pas voulu ou pu communiquer comme elle le souhaitait sur cette journée spéciale en amont car cela risquait d’interférer avec la « campagne » électorale des différents syndicats. Cela, a-t-il reconnu, n’a pas donné que des bons résultats.
Bertrand Vannier tenait surtout à reprendre certains points de notre communiqué qui, selon lui, comportait de nombreuses erreurs.

Selon lui, il est normal que Radio France fasse appel à une entreprise extérieure pour réaliser l’architecture de son site spécial. Radio France n’a pas la compétence pour le faire en interne et fait toujours appel à une entreprise externe pour ces sites internet. La SDJ lui a rappelé que jamais nous n’avions critiqué l’appel à une entreprise extérieure. Nous avons simplement émis des réserves sur le coût de cette opération. Bertrand Vannier reconnaît que c’est relativement cher mais cela ne grève aucun budget des chaînes. C’est pris sur un reliquat d’une ligne budgétaire consacrée à de « l’événementiel sur Internet ».

Bertrand Vannier assume le fait que ce soit un site éphémère car toute production, selon lui, n’a pas vocation à être gardée ad vitam aeternam et de toute façon, la majorité du contenu de ce site spécial pourra se retrouver sur les autres sites de chaque chaîne. Dont acte. Nous demandons simplement que Radio France s’assure que les réalisations dignes d’être archivées et produites spécialement pour ce site ne disparaissent pas le jour de sa fermeture, a priori le 31 décembre.

Enfin, pour répondre à notre principale critique, il assure que Netscouade ne s’occupera pas de l’éditorial via les forums. Cette entreprise se chargera seulement, dit-il, du filtre « légal » des messages des internautes ; en clair d’éliminer les messages clairement illégaux parce que racistes par exemple. Les équipes de Radio France décideront ensuite de ce qui doit ou non figurer sur le site. «Comme ça se fait aujourd’hui pour les autres sites de la maison », assure Bertrand Vannier.

La Société des Journalistes fait remarquer que ce n’est pas le cas aujourd’hui, par exemple, pour le site de France Info, où les journalistes multimédia doivent gérer tous les messages, ce qui, selon la SDJ, n’est pas une perte de temps mais bien un exercice de responsabilité. A ce titre, la SDJ ne comprend toujours pas la justification d’un « premier tri », et reste convaincue qu’il s’agit, pour la première fois, d’une intervention extérieure sur le contenu éditorial Radio France.

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